L'expansion des données de la CyberTipline publiées sur la Global Platform for Child Exploitation Policy révèle à la fois de nouvelles perspectives et de nouveaux domaines sur lesquels il convient d'approfondir les recherches. Les ensembles de données de la CyberTipline présentés sur la Plateforme permettent d'effectuer des comparaisons et des analyses de tendances tant annuellement que semestriellement.
Plusieurs changements notables dans les signalements sont survenus entre le premier semestre (janvier à juin) et le second semestre (juillet à décembre) de 2024. Le NCMEC ne fournit actuellement aucune explication définitive sur les raisons pour lesquelles des changements ont pu se produire dans certaines juridictions. Cependant, le NCMEC invite les parties prenantes à se demander si des facteurs législatifs, réglementaires, politiques, sociaux ou autres propres à certaines juridictions ont pu influencer les changements observés dans les signalements entre les deux semestres de 2024.
Bien que cet aperçu porte sur les données de 2024, des ensembles de données supplémentaires (par semestres) seront ajoutés à la Plateforme et pourront faire l'objet d'un examen et d'une analyse similaires.
Vous trouverez les définitions des mots et expressions pertinents utilisés ici sur la page Terminologie.
Une comparaison des données de la CyberTipline du NCMEC portant sur les premier et second semestres 2024 révèle les conclusions suivantes :
1. Les signalements de CSAM ont globalement diminué, mais pas partout.
À l'échelle mondiale, les signalements auprès de la CyberTipline concernant du matériel d'abus sexuels d'enfants pour les juridictions identifiées ont diminué d'environ 24 % entre la période de janvier à juin et celle de juillet à décembre 2024. Le CSAM reste le type d'incident le plus fréquemment signalé à la CyberTipline (environ 97 % en 2024). En ce qui concerne les 199 juridictions ayant enregistré 50 signalements ou plus de CSAM au cours de chaque semestre de 2024, les signalements de CSAM ont augmenté dans environ 44 % des cas, sont restés stables dans environ 10 % des cas et ont diminué dans environ 46 % des cas. Aucune variation en volume absolu n'a été notée pour les juridictions (32) ayant enregistré moins de 50 signalements de CSAM au cours de chaque semestre.
| Signalements de CSAM... | Nombre de juridictions |
|---|---|
| ▲ Augmenté | 88 |
| ≈ Resté à peu près inchangé | 20 |
| ▼ Diminué | 91 |
| < 50 au cours de chaque semestre | 32 |
Les juridictions sélectionnées ayant connu des changements notables sont répertoriées ici :
| Kazakhstan | ▲ 230 % |
| Mozambique | ▲ 182 % |
| Ukraine | ▲ 72 % |
| Venezuela | ▼ 24 % |
| Philippines | ▼ 54 % |
Le NCMEC a fait part de ses observations sur la diminution du volume mondial de signalements en 2024 dans son 2024 CyberTipline Report et dans son témoignage devant le Congrès américain début 2025, soulignant en particulier les effets du « regroupement » des signalements et de l'adoption du chiffrement de bout en bout par Meta, qui exploite Facebook, Instagram et WhatsApp. Ces plateformes faisaient partie de celles ayant transmis le plus de signalements en ligne en 2024 (top 3) et en 2023 (top 4).
En mai 2024, la REPORT Act a été promulguée aux États-Unis, obligeant les plateformes en ligne à signaler à la CyberTipline les cas apparents de trafic sexuel d'enfants et d'incitation en ligne. Cela peut avoir incité à affiner les pratiques de signalement, et permis par là même aux plateformes en ligne de sélectionner plus précisément ces types d'incidents.
Questions pour éclairer les recherches et les actions de sensibilisation :
- Quels facteurs ont pu contribuer à l'augmentation du nombre de signalements de CSAM dans certaines juridictions (au Kazakhstan, au Mozambique, en Ukraine et dans d'autres pays) ?
- Dans les juridictions où le nombre de signalements de CSAM a augmenté, quelles plateformes ont procédé au plus grand nombre de signalements ? (Les ESP ayant transmis le plus de signalements sont répertoriés sur la page Perspectives de chaque juridiction ; voir l'exemple de l'Ukraine.)
- Des facteurs politiques, sociaux ou culturels auraient-ils pu influencer l'évolution du nombre des signalements en 2024 ?
- Outre le regroupement et le chiffrement de bout en bout, les plateformes en ligne ont-elles modifié leurs pratiques de modération de contenu ? Ceci aurait pu contribuer à l'évolution des niveaux de détection et de signalement.
2. Les signalements de trafic sexuel d'enfants ont augmenté de manière plus uniforme.
À l'échelle mondiale, les signalements auprès de la CyberTipline concernant le trafic sexuel d'enfants pour les juridictions identifiées ont augmenté d'environ 260 % entre la période de janvier à juin et celle de juillet à décembre 2024. Aucune variation en volume absolu n'a été notée pour les juridictions (199) ayant enregistré moins de 50 signalements de trafic sexuel d'enfants au cours de chaque semestre.
| Signalements de trafic sexuel d'enfants... | Nombre de juridictions |
|---|---|
| ▲ Augmenté | 31 |
| ≈ Resté à peu près inchangé | 0 |
| ▼ Diminué | 1 |
| < 50 au cours de chaque semestre | 199 |
Parmi les juridictions ayant enregistré 50 signalements ou plus relatifs au trafic sexuel d'enfants au cours de chaque semestre de 2024, seule la République de Corée a connu une diminution du nombre des signalements de ce type. Les juridictions sélectionnées ayant connu des changements notables sont répertoriées ici :
| Viêt Nam | ▲ 7 900 % |
| Philippines | ▲ 1 186 % |
| Brésil | ▲ 567 % |
| États-Unis | ▲ 22 % |
| République de Corée | ▼ 33 % |
En mai 2024, la REPORT Act a été promulguée aux États-Unis, obligeant les plateformes en ligne à signaler les cas apparents de trafic sexuel d'enfants à la CyberTipline. Cette nouvelle obligation est corrélée à l'augmentation quasi universelle des signalements de trafic sexuel d'enfants au cours du second semestre. Il convient de noter que, bien que la loi ait été adoptée et s'applique aux plateformes en ligne basées aux États-Unis, une augmentation nettement plus importante des signalements de trafic sexuel d'enfants a été observée dans d'autres pays, notamment au Vietnam, aux Philippines et au Brésil.
Questions pour éclairer les recherches et les actions de sensibilisation :
- Des changements législatifs ou réglementaires dans d'autres juridictions sont-ils corrélés à des variations significatives du volume de signalements de trafic sexuel d'enfants au cours du second semestre 2024 ?
- Quel serait l'impact d'une obligation de signalement similaire à la REPORT Act, si elle était promulguée dans d'autres juridictions ?
- Des facteurs politiques, sociaux ou culturels auraient-ils pu influencer l'évolution du nombre des signalements en 2024 ?
3. Les signalements d'incitation en ligne ont diminué, à quelques exceptions notables près.
À l'échelle mondiale, les signalements auprès de la CyberTipline concernant l'incitation en ligne d'enfants pour les juridictions identifiées ont diminué d'environ 9 % entre la période de janvier à juin et celle de juillet à décembre 2024. Aucune variation en volume absolu n'a été notée pour les juridictions (110) ayant enregistré moins de 50 signalements d'incitation en ligne au cours de chaque semestre.
| Signalements d'incitation en ligne... | Nombre de juridictions |
|---|---|
| ▲ Augmenté | 27 |
| ≈ Resté à peu près inchangé | 20 |
| ▼ Diminué | 74 |
| < 50 au cours de chaque semestre | 110 |
Les juridictions sélectionnées ayant connu des changements notables sont répertoriées ici :
| Nigéria | ▲ 109 % |
| Philippines | ▲ 104 % |
| Brésil | ▲ 36 % |
| États-Unis | ▲ 18 % |
| Allemagne | ▼ 36 % |
| Égypte | ▼ 62 % |
| République Dominicaine | ▼ 65 % |
En mai 2024, la loi REPORT Act a été promulguée aux États-Unis, obligeant les plateformes en ligne à signaler les cas apparents d'incitation en ligne à la CyberTipline. Contrairement à la promulgation de la loi, qui a coïncidé avec une augmentation du nombre de signalements de trafic sexuel d'enfants, les signalements d'incitation en ligne au plan mondial ont diminué au cours du semestre suivant. Il convient de noter que cette diminution n'a pas été uniforme sur l'ensemble des juridictions, puisque le Nigeria, les Philippines, le Brésil et les États-Unis (entre autres) ont chacun enregistré une augmentation, tandis que les signalements d'incitation en ligne ont diminué dans des juridictions aussi diverses que l'Allemagne, l'Égypte et la République dominicaine.
Bien que les signalements d'incitations en ligne au cours du second semestre 2024 aient été moins nombreux qur ceux du premier semestre, l'année 2024 a tout de même enregistré une augmentation globale de 192 % par rapport aux niveaux de signalement de 2023.
Questions pour éclairer les recherches et les actions de sensibilisation :
- Des changements législatifs ou réglementaires dans d'autres juridictions sont-ils corrélés à des changements significatifs dans le volume des signalements d'incitation en ligne au cours du second semestre 2024 ?
- Comment les signalements d'incitation en ligne dans les juridictions connues pour être des sources de sextorsion financière sont-ils liés à la diminution mondiale au cours du second semestre 2024 ?
- Des facteurs politiques, sociaux ou culturels auraient-ils pu influencer l'évolution du nombre des signalements en 2024 ?
- Quelles corrélations existe-t-il entre les changements dans les signalements d'incitation en ligne pour diverses juridictions et les changements dans les pratiques de modération du contenu des plateformes en ligne (licenciements affectant les équipes chargées de la confiance et de la sécurité, adoption du chiffrement de bout en bout, priorité donnée à l'investissement dans l'intelligence artificielle pour rester compétitif, etc.) ?
4. Augmentation du nombre de fichiers CSAM généré par l'IA signalés.
À l'échelle mondiale, le nombre de fichiers que les plateformes en ligne ont identifiés comme du CSAM créé ou modifié à l'aide d'outils d'IAG, et inclus dans les signalements destinés aux juridictions identifiées a augmenté d'environ 500 % entre la période de janvier à juin et celle de juillet à décembre 2024. Au cours du premier semestre 2024, la Thaïlande était la seule juridiction pour laquelle plus de 50 images générées par l'IA avaient été signalées, mais ce nombre est tombé en dessous de 50 au cours du second semestre.
| Signalements d'incitation en ligne... | Nombre de juridictions |
|---|---|
| ▲ Augmenté | 9 |
| ≈ Resté à peu près inchangé | 0 |
| ▼ Diminué | 1 |
| < 50 au cours de chaque semestre | 221 |
Plus de 50 images IAG ont été signalées pour neuf juridictions au cours de la période de juillet à décembre 2024.
| Juridiction | janvier à juin 2024 | juillet-décembre 2024 |
|---|---|---|
| États-Unis | < 50 | 900 |
| Nigéria | < 50 | 600 |
| Royaume-Uni | < 50 | 200 |
| Japon | < 50 | 100 |
| Allemagne | < 50 | 100 |
| Canada | < 50 | 100 |
| Brésil | < 50 | 90 |
| Pays-Bas | < 50 | 90 |
| Australie | < 50 | 60 |
| Thaïlande | 80 | < 50 |
Ces données sur les fichiers CSAM généré par l'IA sont liées (même si elles en sont distinctes) à l'augmentation de 1 325 % des signalements impliquant l'IA générative entre 2023 et 2024, comme indiqué dans le rapport 2024 de la CyberTipline du NCMEC.
Questions pour éclairer les recherches et les actions de sensibilisation :
- Comment les organismes de réglementation et les instances législatives des différentes juridictions traitent-ils la protection des enfants et le signalement de l'exploitation des enfants dans les services générés par l'IA ?
- Alors que les investissements du secteur de l'IAG continuent d'augmenter, dans quelle mesure la sécurité des enfants et la modération des contenus sont-elles prioritaires, si elles le sont ?
- Lorsque des signalements effectués auprès de la CyberTipline et contenant du CSAM généré par l'IA sont transmis aux autorités, les lois nationales pertinentes autorisent-elles et soutiennent-elles les enquêtes sur ces images ?
- Quelles politiques et systèmes sont mis en place dans les différentes juridictions afin de soutenir les survivants qui ont été exploités via du CSAM généré par IA ?
La page Recherche juridique vous donnera un aperçu des lois et réglementations, notamment celles relatives au CSAM généré par IA et aux droits des victimes, dans différentes juridictions.